Difficile de trouver quoi que ce soit de probant quant au vécu ou à la personnalité de Basic House sur la toile, c’est pourtant l’artiste qui fera l’objet de cette chronique inspirée d’un de ses derniers travaux en date (le type ayant produit trois album courant 2012) : le présent "I’m Not A Heaven Man". On focalisera donc notre attention sur sa musique maladive, caractérielle et imbibée jusqu’à la moelle de la créativité débridée de son obscur générateur.
Un album exploitant toutes les fibres de la dégénérescence humaine afin d’en faire un tissu dense mais extrêmement varié et complet. La démence est en effet mise au premier plan, à la fois obsessionnelle (comme le démontre la redondance aliénante de l’haletant "Teenage Dog" ou encore celle de "Better Alone (or in a small group)") et fantasque.
Fantasque, car notre compositeur n’a semblé vouloir se fixer sur aucune des teintes musicales qu’il affectionne. Volatile, il se permet d’étranges aller-retours inter genres tout en conservant son identité propre, sa conception de la musique ne souffrant d’aucun carcan. La senteur moisie de la rigidité artistique et l’odeur pestilentielle d’un académisme frelaté ne semblent pas faire partie de ses principes fondateurs. Musique ambiante, techno, drone et consorts se fondront ainsi dans ses expérimentations sulfureuses, comme autant
d’outils ayant chacun leur importance mais ne dénaturant jamais le tout.
Une approche originale qui nous accompagnera en douceur jusqu’au fin fond de l’imaginaire fracassé de Basic House : petit à petit l’album s’enfonce, le sommeil engourdi des premières pièces laissant place à un cauchemar bourbeux et inextricable. Une petite bouffée d’air nous sera cependant accordée en milieu de parcours ("Oort Cup" / "Soft Cores"), hétérogénéisant une atmosphère qui aura su se faire habilement pesante, et rendant par là même l’album plus digeste.
Hormis ces deux fragments vaporeux, on vacille généralement avec une passivité victimaire dans la moiteur des sous-terrains adipeux mis à notre disposition. Une faune de fulgurances fielleuses, visqueuses et psychophages jonche les cavités anthracites d’oppressantes grottes rythmiques : ne reste plus qu’un onirisme envahissant pour rattraper le bien être fuyant à tâtons. Toute tentative de débroussaillement de ces labyrinthes foisonnants échouera immanquablement jusqu’à ce que, après bon nombre d’écoutes attentives et pas toujours fructueuses, l’hermétisme intrinsèque de ces morceaux habités soit définitivement brisé. Exercice d’autant plus difficile lorsque les morceaux en questions propagent leur poison sur plus de 10 minutes, comme c’est deux fois le cas.
C’est finalement sur une touche de poésie fragile et sibylline mais foutrement bien réussie ("Larque #3") que nous apercevront le jour poindre de nouveau, offrant toute sa splendeur immaculée à nos yeux déshabitués à la luminosité et concluant avec finesse un opus jusque là éprouvant. Au terme de cette excavation sans pareille, n’admireront les bizarres roches noires dénichées seulement les amateurs avertis d’expérimentations foutraques et fouillées, tandis que la grande majorité restante se contentera de passer à côté d’un album pourtant particulièrement bien abouti.
W.
pas mal ce morceau:, un peu envie de bailler pour voir si les oreilles ne sont pas bouchées au début, et puis tout-à-coup ça se dégage, comme si on avait enlevé une couche qui recouvrait ce qui était déjà là… surprenant
Ouais c’est un peu ça ^^
le reste de l’album est à écouter aussi !